Autre

Viscéralement libre

Douce pour son mari et sardonique pour le reste du monde l'écrivaine Edmonde Charles-Roux s'est éteinte hier à l'âge de 95 ans. Viscéralement libre

C’est ça, une grande dame? Une curieuse de demain, pas une regretteuse du temps passé. Une avide des autres, pas une collectionneuse de ses amours mortes. En tout cas, Edmonde Charles-Roux, 80 ans, reste virulente, vivace, vive. Violente et vorace aussi.

 

Aiguillez-la sur les successeurs de son bretteur préféré qui, longtemps, régla sur le pré les affronts de tribunes, et l'exécutrice testamentaire redevient l'éminence noire, la veuve abrasive. Comme si, condamnée au ministère de la parole comme souvent les femmes d'alors, elle n'avait d'autres solutions pour montrer sa force que se faire vipérine, venimeuse. Gaudin? Gentil mais inculte, se faisant remettre en place par les Marseillais quand il tente de coiffer le fameux feutre noir de G.D. d'un «Oh, Jean-Claude, t'as peut-être le chapeau, mais t'as pas la tête.» 

 

Les socialistes locaux? Elle a beau se dire «en excellents termes» avec Pezet qu'elle dédouane tardivement de la mort de Gaston, décédé après une réunion fratricide, elle continue à reprocher aux obligés du ministre de l'Intérieur de Mitterrand de ne pas avoir adoubé l'héritier désigné, San Marco, qu'elle reçoit à dîner le soir même. Et elle, Edmonde, a-t-elle jamais songé à revendiquer l'héritage électif que lui promettent encore quelques chauffeurs de taxis? Réponse: «Je n'allais pas risquer de traîner dans une défaite, celui qui, vivant, n'avait jamais été battu.» Il y a peut-être aussi la juste évaluation de ses refus et de ses limites.

 

Elle aime trop ses libertés et ses plaisirs pour endosser la tunique à crachats des politiques qu'elle s'essaie à réhabiliter mais qui exercent «un métier terrible, l'un des plus durs». Alors, la fille de diplomate se préfère en éternelle compagne de route, entre bourgeoise radical-chic et princesse rouge, directrice de la rédaction de Vogue et amie d'Aragon.

 

Aujourd'hui, la voilà à la tête du comité de soutien de Chevènement. Cette Méditerranéenne se justifie d'un: «Je suis cosmopolite parce que j'ai des racines.» Mais, dans cet attrait pour le miraculé de la République entre aussi de l'inclination pour l'un des derniers stendhaliens de la chose publique, quand se raréfient les romantiques et les desperados d'une démocratie anesthésiée, livrée aux petits épiciers (et épicières paritaires) de la proximité.

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