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L'union de l'horreur

Bayer et Monsanto se rapprochent pour le meilleur de leurs bénéfices et le pire pour notre santé et pour la planète... L'union de l'horreur

 Le groupe allemand Bayer, connu pour fabriquer, entre autres, les très décriés pesticides «tueurs d’abeilles», convoite l’américain Monsanto, spécialiste des semences OGM, fabricant de l’herbicide Roundup et bête noire des écologistes. Pour parvenir à ses fins, Bayer s’est dit prêt, lundi, à faire un immense chèque : 62 milliards de dollars (55 milliards d’euros).

Monsanto fait figure de grand méchant de l’agrochimie. Au point qu’a lieu chaque année une «marche mondiale contre Monsanto».La firme de Saint-Louis (Missouri) est si controversée qu’un collectif de juristes et d’ONG a même lancé, fin 2015, un tribunal international pour «juger les crimes imputés à la multinationale américaine dans le domaine environnemental et sanitaire et contribuer à la reconnaissance du crime d’écocide dans le droit international» 

Monsanto pâtit d’un passé sulfureux. Il a été l’un des fabricants de l’«agent orange», un défoliant utilisé pendant la guerre du Vietnam. Aujourd’hui, son herbicide Roundup, souvent vendu en association avec ses OGM «Roundup Ready», se retrouve au cœur d’une vive polémique. Soupçonné d’être cancérogène, l’ingrédient principal de ce produit, le glyphosate, divise l’Union européenne : elle vient de reporter sa décision sur le renouvellement de l’autorisation de cette substance.

La réputation de Bayer, connu surtout pour son aspirine, n’est pas aussi sulfureuse que celle de sa proie. Pourtant, le géant allemand n’a rien d’une blanche colombe. Avec d’autres piliers de la chimie allemande comme BASF, il est l’héritier du conglomérat IG Farben, fournisseur du zyklon B utilisé dans les camps de la mort nazis. Il a aussi été mis en cause dans plusieurs affaires,dont par exemple vente de produits sanguins contaminés par le VIH

Werner Baumann, le tout nouveau patron de Bayer, justifie ainsi le rapprochement avec Monsanto : il faut nourrir une population mondiale en plein boom démographique. Mais pour Peter Spengler, analyste chez DZ Bank, cité par l’AFP, c’est surtout pour Bayer «une chance, qui n’arrive qu’une fois dans sa vie, de dominer le marché agricole mondial», avec plus de 23 milliards d’euros de ventes combinées.

La course à la taille entre les géants de l’agrochimie a pour objectif de contrôler un maximum de brevets, en particulier sur les OGM. Et de vendre aux agriculteurs un «paquet complet», incluant les semences et les engrais et pesticides chimiques qui vont avec. Voire le conseil, les équipements ou les «services climatiques» : Monsanto a ainsi déboursé près d’un milliard de dollars en 2013 pour s’offrir The Climate Corporation, fondé par des anciens de Google et spécialisé dans l’analyse ultralocalisée du risque agricole et la vente de polices d’assurance associée. Avec un tel "paquet complet", l’agriculteur sera totalement sous la dépendance d’une seule entreprise, et ces multinationales, de plus en plus grosses, auront encore plus de poids sur les gouvernements pour faire passer des réglementations qui obligeront les agriculteurs à utiliser leurs produits.

 

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